"Celle qui fut fabriquée un jour de 1843, la première.
Celle du condamné, la dernière.
Celle qui aide à tuer le temps.
Celle dont on n'a aucune envie et qu'on se maudit d'avoir allumée.
Celle qui roussit les moustaches.
Celle qu'on roule.
Celle qui forme un rond de fumée parfait.
Celle qui souffla à Claude Evin l'idée de proposée une loi.
Celle que les Belges peuvent libremnet savourer dans les cafés et les restaurants en 2008 ("Fume, c'est du belge ! "
Celle qu'on échangeait contre des patates pendant la guerre.
Celle, américaine, qu'offraient les "libérateurs".
Celle qu'on écrase à peine commencée pour entrer dans un lieu public.
Celle qui fâche les voisins de table?
Celle dont on porte distraitement le bout allumé aux lèvres.
Celle qui brûle les doigts?
Celle qu'on aspire à pleins poumons.
Celle qui, posée une minute sur le bord du lavabo, marque la porcelaine blanche d'une tache de couleur miel.
Celle qu'on ne peut pas s'empêcher d'allumer dans la voiture alors qu'on voyage en famille et que fumer nuit gravement à votre santé et celle de votre entourage
Celle qui coûte 23 centimes d'euro, multipliés par 15, multipliés par 365 etc.
Celle qu'on n'arrive pas à finir.
Celle qui fait tourner la tête.
Celle dont on respire accidentellemnet la fumée par le nez quand on a les deux mains occupées.
Celle qui coupe la faim.
Celle qu'on perche sur la plus haute étagère en prévision de quelque pénurie.
[...]
Celle qui dégoute.
Celle qu'on emprunte à un ami pour en tirer une bouffée.
Celle qui réchauffe la planète.
Celle dont le papier colle aux lèvres et écorche.
Celle qui jaunit les ongles de l'index et du majeur.
Celle dont on casse et jette le filtre - parce qu'elle n'a pas assez de goût,nom de Dieu!
Celle qui produit une surprenante haute flamme quand on l'allume.
Celle qu'on termine à toute vitesse et qui conséquemment chauffe.
Celle qui fait pleurer.
Celle dont les volutes dansent dans la lumière des réverbères.
Celle qui calme une contrariété.
Celle qu'on inspire qu'à petites bouffées parce qu'elle coupe le souffle.
Celle qui n'a pas le même gout que d'habitude.
Celle qu'on refuse à un c lochard.
Celle qui condamne à l'isolement.
Celle sur laquelle il pleut et dont le papier brunit.
Celle qui restait dans le paquet d'un être cher disparu et que je fumau avec des sentiments mêlés.
Celle qu'on allulme au gaz de la cuisine en se brûlant les sourcils.
Celle qui troue la chemise en polyamide.
Celle qu'on offre.
Celle qui surprend par son arôme anormalement sucré.
Celle pour laquelle on encourt une amende.
Celle qui fait pschitt quand on la plonge dans l'eau.
Celle dont on mord le filtre.
Celle qui culpabilise.
Celle que l'alcoolique tremblant peine à allumer.
Celle qui, sans filtre, mal éteinte dans le cendirer, brûle jusqu'au bout du bout.
Celle qu'on appelle clope, clepo, sèche, cibiche, tige, pipe, pipette, cousue, orphelin, femelle, fumée, roulée, taquée, mégot, gauldo, troupe, smak.
Celle qui circule de main en main dans un groupe formé en cercle.
Celle qu'on appelle beedi, pétard, joint.
Celle qui dessine des courbes rouges dans la nuit.
Celle dont le bout est vert sur les photos.
Celle qui éclate parce qu'elle est truquée. [...]
Et vous c'est laquelle?

